Les façades elbeuviennes : quelle rénovation ?

Façade pan de bois

Le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Normandie propose aux Elbeuviens des conseils sur mesure en fonction de la façade de leur habitation.

Façades pan de bois / Façades plâtreFaçades brique / Façades pierre / Reconstruction

Façades pans de bois (XVIIe-XIXe s.)

Elbeuf comporte un nombre important d’immeubles en bois. La structure visible crée des motifs qui animent les façades. Il y a les pans de bois principaux, espacés d’environ 2,50m / 2,80m : ils sont constitués de bois de bonne qualité et de section plus généreuse.

Les pans de bois intermédiaires, les colombes, servent à supporter le remplissage, en torchis ou en briques.
Les façades sont très ordonnancées : fenêtres alignées et de même largeur.

Que faire pour un ravalement sur ce type de façade ?

Lexique

Pan de bois : technique de construction faite d’un assemblage de pièces de bois

Torchis : matériau de remplissage du pan de bois constitué de terre argileuse et de paille

Mortier de chaux : liant à base de chaux aérienne, de sable et d’eau formant les joints

Il faut vérifier l’accroche du remplissage avec les pièces de bois. S’il bouge, il faut le défaire et reprendre ce remplissage en évitant de créer une surépaisseur (dans la mesure du possible, utiliser le même matériau de remplissage qu’à l’origine).

Ce remplissage était souvent constitué en torchis ou briques : le torchis, s’il est incomplet, peut être réparé par comblement de même nature. S’il est en briques, les scellements doivent être au mortier de chaux. PAS DE CIMENT !

Ces façades charpentées nécessitent une vérification générale : pièce de bois abîmée ? parasites ?

  • Dans le doute, il est préférable de contacter un organisme afin de réaliser un diagnostic bois.
  • On peut faire une greffe de bois, par un bois de même section et de même nature (important, car le bois joue différemment suivant sa qualité et son essence).
  • Il faut procéder à un traitement fongicide et insecticide même s’il n’y a pas de problèmes apparents.

Le remplissage doit être recouvert d’un enduit, plâtre, ou chaux, finition lissée. Il ne faut pas créer de surépaisseur des enduits par rapport aux pièces de bois : cela risque de freiner l’écoulement des eaux de pluies et d’engendrer des infiltrations.

Les enduits plâtres doivent être peints car ils ne sont pas résistants aux intempéries. Les pièces de bois peuvent être peintes avec des couleurs désaturées.

Les façades en plâtre

Dès l’origine, ces maisons en pans de bois ou en briques ont été conçues pour recevoir un enduit plâtre en façade, orné d’un décor classique recopiant l’architecture de pierre. Ces pans de bois ou briques, étant destinés à être dissimulés, sont souvent réalisés avec des matériaux de qualité médiocre : il est donc illogique et inesthétique de mettre le support à nu.

Les couleurs ?

Lexique

Petit bois : pièce horizontale moulurée sur une fenêtre ou une porte délimitant des carreaux

Matériau poreux : matériau usé qui n’est plus étanche à l’eau ou à l’air

Bandeau : élément horizontal débordant de la façade et séparant deux étages

Les pans de bois étaient souvent dans des teintes sombres, ce qui permettait d’atténuer les imperfections du bois. Les fenêtres étant souvent à petits bois, leur dessin est davantage révélé par des teintes plus claires. Il faut éviter le blanc pur qui risque de faire trop clinquant sur une façade présentant un caractère patrimonial.

Comment réparer ces façades ?

Il faut enlever ce qui n’est plus accroché : on purge les enduits. Ensuite, une reprise des enduits et des éléments de décors au plâtre doit être réalisée. Par la suite, une mise en peinture en phase aqueuse (peinture à l’eau) est nécessaire afin de protéger ce plâtre des intempéries et de laisser malgré tout une respiration des matériaux poreux.

Quelle couleur mettre ?

Les éléments décoratifs étant assez ouvragés, il faut que leur dessin soit mis en valeur en les réalisant de teinte claire. Le remplissage peut être plus soutenu afin de renforcer l’effet de relief de ces éléments.

Les fenêtres de ces maisons, souvent à deux ouvrants de trois carreaux participent au dessin général des façades : elles doivent être plus claires, toujours en évitant le blanc.

Important : les bandeaux horizontaux doivent être recouverts de bavettes en zinc pour les protéger.

Les façades en brique

La richesse architecturale d’Elbeuf est aussi associée à toutes ces manufactures de draperies et tisserands installées au courant du XIXe siècle : au-delà des bâtiments d’activités, plusieurs types de constructions découlent de ces usines : maison d’ouvrier, maison de maître… Suivant leur statut, les façades présentaient des motifs décoratifs ou un jeu de briques de couleur.

Ce mode constructif a été utilisé pour un bon nombre d’immeubles : l’inspiration haussmannienne se retrouve dans l’écriture architecturale de certaines constructions, notamment cours Carnot, rue Jean Jaurès…

Le positionnement des briques est subtil : il y a la pose façon anglaise, la pose « panneresse-boutisse » la plus commune en Normandie : chaque lit de brique était différent ; la brique étant posée soit dans le sens de sa longueur, soit dans sa largeur.

Que dois-je faire sur ma façade ?

Lexique

Rejointoiement : réfection des joints de maçonnerie à la chaux lorsqu’ils sont abîmés

Hydrofuge : produit imperméabilisant augmentant la durée de vie d’un matériau

La brique est un matériau qui nécessite moins d’entretien : seuls les joints sont quelquefois à reprendre. Les joints ont une durée de vie assez longue : il n’est pas rare de refaire les joints que tous les … siècles uniquement.

Il arrive que certaines briques puissent devenir poreuse (problème de cuisson à l’origine) : il faut retirer la brique et repositionner la nouvelle en étant attentif au format et à la teinte, qui doivent être identiques.

Quelle est la composition des joints ?

Les maisons anciennes étant dépourvues de fondations, la maçonnerie doit « respirer » : pas de joints ciment !!! qui enferme l’humidité à l’intérieur des murs.

Là aussi, la chaux est favorite pour la composition du mortier de rejointoiement. Les joints doivent être « arasés », c’est-à-dire au nu des briques : il faut éviter les joints en creux et en relief pour permettre à l’eau de pluie de s’égoutter le plus rapidement possible.

Si les briques ont été salies par un rejointoiement, il faut passer de l’eau acidulée (ou vinaigre blanc, par exemple) pour ôter la laitance du mortier.

A éviter : hydrofuge sur la brique qui risque d’empêcher la brique de respirer.

A proscrire : mise en peinture de la brique : outre le fait que ce type d’action va maintenir l’humidité dans les murs, cela vous obligera de refaire un ravalement régulier car la peinture s’écaillera rapidement, par le rejet d’eau de la brique. De plus, les motifs et jeux de briques qui animent les façades sont effacés…

Quelles couleurs pour les menuiseries ?

La brique étant de tonalité soutenue, il faut privilégier les teintes claires afin d’éveiller la façade. Il est intéressant de travailler la complémentarité des teintes : la couleur chaude de la brique se complétera parfaitement avec une teinte un peu froide, et désaturée (gris bleu, vert olive, etc…)

Les fenêtres devraient être plus claires que les volets afin d’accentuer les effets de relief.

Les ferronneries et garde-corps métalliques seront de teinte plus sombre.

Les façades en pierre

Suivant les richesses de chacun, la pierre de taille se retrouve dans certains beaux immeubles. On retrouve des éléments en pierre de taille dans les immeubles en briques pour souligner les éléments décoratifs : corniche, bandeau, chainage d’angle, encadrement de fenêtres…

On les retrouve pour les immeubles « phares » du centre-ville tel que la Poste, le Crédit Lyonnais…

Le calepinage (mode de pose) révèle aussi les ressources du propriétaire d’origine : à joints en creux (bossage) lorsqu’elle est bien calibrée et nette, ou arasé au nu des pierres si elle présente des épaufrures (irrégularités).

De composition calcaire, elle se prête facilement à la taille, ce qui permet d’avoir des ornementations très ouvragées.

Ma pierre d’encadrement est sale : comment la nettoyer ?

Il est nécessaire de faire un essai sur une petite partie au préalable : un micro nettoyage est possible, par une entreprise spécialisée ; dans certains cas, un léger sablage peut convenir, si le grain est fin, sans être trop fort.

Ma pierre est abîmée, dois-je la remplacer ?

Lexique

Pierre de taille : pierre calcaire taillée droite disposée en lits successifs formant un mur

Délité : une pierre ou une brique délitée s’effrite et tombe en morceau

Si la pierre est creusée par les intempéries, il est possible de combler par un mortier de reconstitution : il faut bien vérifier la composition du mortier (compatible avec la pierre calcaire) et de la teinte se rapprochant de la pierre.

Si la pierre est très détériorée, il est possible de faire une greffe de pierre : on crée un retrait suffisant dans la pierre abîmée pour poser une demi-pierre, sans déposer l’ancienne.

Les joints doivent être le plus discrets : de même teinte que la pierre.

La pierre de taille ne doit pas être recouverte d’un matériau ou peinture : elle doit respirer. Elle ne doit pas avoir d’hydrofuge, qui tend à « plastifier » la surface : la pierre suinte de l’intérieur, et risque de se déliter totalement…

La reconstruction

Elbeuf a été lourdement bombardé : la rue des Martyrs a été reconstruite après la Seconde Guerre mondiale.
On reconnait sans difficulté les techniques de construction et les matériaux de cette époque : l’emploi du béton et le principe constructif par poteaux-poutres se retrouve dans le dessin des façades.

Il faut observer les façades : La modénature (ornementation qui regroupe les encadrements, chainage d’angle, bandeau et corniche) est en béton ; le premier bandeau horizontal sépare le rez-de-chaussée de l’étage ; les devantures commerciales sont en feuillure, c’est-à-dire comme une fenêtre dans un mur. Elles sont souvent encadrées par un bourrelet béton en surépaisseur.

La trame constructive est visible de l’extérieur : le remplissage est la plupart du temps en briques ou en pierre. La corniche en béton cercle le bâtiment. Les lucarnes sont généreuses, souvent à capucines (à trois pans de toit).

Quel entretien pour ces façades ?

Lexique

Lucarne : élément du toit avec une ouverture (à double-pente, à capucine, à fronton…)

Fer à béton : tige en acier coulé permettant au béton d’acquérir une grande résistance

Les matériaux employés sont solides et pérennes : ils ont une bonne durabilité. En général, un nettoyage de la façade suffit. Il ne faut pas repeindre ou recouvrir les matériaux au risque de devoir le faire très régulièrement.

Quelques fois, les éléments en béton éclatent laissant à nu les fers de l’armature : il faut alors purger le ciment qui couvre les armatures au droit des éclats, de réparer les fers (enduire d’un anti-rouille) puis de reprendre ponctuellement le ciment en se rapprochant de la teinte d’origine. Le ciment était souvent généreusement composé de sable ce qui donne une teinte chaleureuse au béton.

 

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