Le quotidien elbeuvien dans les années 1950-1970

Philippe Lebeau

Philippe LebeauPhilippe Lebeau sera au centre social du Puchot vendredi 1er février à 14h pour dédicacer Une semaine entre deux dimanches, publié en septembre 2018. Rencontre avec cet auteur qui a grandi à Elbeuf, ville dans laquelle se déroule son livre.

 

Racontez-nous votre livre en quelques mots…
Après les élections présidentielles de 2017, François Jacpierre, député depuis 2007, se voit demander par son parti de se représenter aux législatives, non dans sa circonscription d’élection, mais à Elbeuf, la ville dans laquelle il a grandi. Avant de donner sa réponse, François Jacpierre souhaite revenir aux sources, parcourir la ville de sa jeunesse. Il a une semaine. Il se souvient alors du quotidien elbeuvien dans les années 1950-1970, de ses copains, de ses premiers engagements politiques…

Est-ce un livre autobiographique ?
Oui. Excepté la fonction politique de mon héros et son questionnement sur son avenir. Tous les souvenirs de François Jacpierre sont mes souvenirs. Je suis né en 1954 au-dessus de l’épicerie familiale, place du Bassin, en plein cœur du quartier du Puchot. Le dernier d’une fratrie de six. J’ai donc connu le Puchot avant sa déconstruction, les petites baraques imbriquées les unes dans les autres et ouvertes à tout vent. Puis le quartier a été rasé en 1962-1963 et j’ai assisté à sa réhabilitation. Nous habitions alors rue de Rouen.

Êtes-vous nostalgique de cette époque, du quartier avant sa démolition ?
Non. Il n’y avait rien d’autre à faire, le raser était la seule solution. Ces baraques étaient vraiment pourries ; il y faisait un froid épouvantable l’hiver et on entendait tout d’un étage à un autre. Mais j’aimais en revanche la solidarité qui régnait dans ce quartier. On se parlait, on se rencontrait, on jouait au foot… J’ai l’impression qu’aujourd’hui on s’enferme davantage, on se replie sur soi.

Dans votre livre, François Jacpierre semble avoir besoin de faire un point sur sa vie, de raconter son histoire avant de prendre une grande décision. Était-ce un besoin pour vous aussi ?
Ce qui a motivé l’écriture de ce livre est davantage l’envie de raconter à mes gamins (1 fille de 17 ans et un fils de 11 ans) comment était la vie dans un quartier populaire dans les années 1950-1970, quelles bouleversements les personnes de ma génération ont connus : l’arrivée de l’eau sur l’évier, de la télévision, la généralisation des voitures, la libération sexuelle… Tout ça avec une forte présence de l’église, beaucoup de tabous et de non-dits. On ne divorçait pas, on ne se séparait pas, par exemple. Je voulais parler de tout ça à travers mon personnage. Je voulais aussi raconter cette ville qui a énormément changé, raconter les gens qui ont fait cette ville.

Que pensez-vous d’Elbeuf aujourd’hui ?
Je dirai qu’une ville nouvelle a émergé. Elbeuf a réussi à ressusciter sous un autre jour, ce qui n’était pas évident après la fermeture de toutes les usines textiles. Avec la rénovation de ces dernières en logements et lieux culturels, la Ville a développé un aspect culturel intéressant. Un nouveau dynamisme.

Votre livre est-il aussi l’occasion de parler de la société actuelle ?
Je voulais en effet mettre en comparaison les bouleversements politiques de ces deux dernières années avec ceux des années 50-70. Le présent fait peur ; la montée des extrêmes est très inquiétante. J’ai envie de dire : « Secouons-nous ! Ne baissons pas la tête, avançons et recréons la fraternité et le respect de l’autre et de la différence qui font notre richesse. » Osons un peu de déraisonnable pour faire vivre notre quotidien. La politique doit aussi évoluer ; redonner la parole aux citoyens.

Comment avez-vous procédé pour l’écriture de ce livre ? Vos souvenirs étaient compilés dans des carnets ?
Je n’ai jamais pris de notes ; j’ai la chance d’avoir une bonne mémoire. Je l’ai en quelque sorte réactivée en venant me balader sur les lieux de mon enfance. La balade sur la côte Saint-Auct par exemple est pour moi remplie de souvenirs. Ma mère me racontait également énormément d’anecdotes ; en tant qu’épicière, elle côtoyait plein de monde et adorait les histoires. Et puis, quand on commence à écrire, les souvenirs reviennent vite.

Avez-vous un autre livre en projet ?
Le 2e tome est en cours. La suite des aventures de François. L’histoire se déroule donc dans les années 1980-2000.

Philippe Lebeau, Une semaine entre deux dimanches, ed. Ex Aequo, coll. Blanche, septembre 2018.
Séance de dédicaces le 1er février à 14h, centre social du Puchot (5 rue La Rochelle)
Sa bio
– Né en 1954 dans le quartier du Puchot à Elbeuf
– Quitte l’école (lycée Fénelon) à 16 ans.
– Manœuvre de laboratoire puis chimiste à Saint-Pierre-lès-Elbeuf chez Holden Europe pendant 20 ans.
– Directeur d’une auberge de jeunesse dans les Hautes Alpes pendant 4 ans.
– Revient en Normandie et reprend des études de travailleur social.
– Directeur de plusieurs associations d’éducation populaire dans les domaines de l’action sociale et de l’économie sociale et solidaire jusqu’à sa retraite.
– Ancien militant syndical et politique, aujourd’hui engagé dans la mouvance associative de l’éducation populaire

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